Cet article provient de l’édition de avril 2025 du Magazine d’Héma-Québec.
Alex, greffé de valves cardiaques
Quand la vie ne tient qu'à un fil... et à beaucoup de générosité
Depuis plusieurs années, le chanteur et musicien montréalais Alex Henry Foster poursuit une carrière florissante qui le mène aux quatre coins du globe. Celui qui a tout d’abord connu le succès international avec le groupe pop-punk Your Favorite Ennemies partage désormais sa vie entre son quartier général aménagé de Drummondville, un second studio en Virginie et son Maroc d’adoption.
Ne s’étant jamais senti complètement à l’aise avec le personnage de vedette pop, Alex a bifurqué avec sa carrière solo vers un style plus expérimental, tout en conservant un auditoire fidèle qui le suit de tournée en tournée et lui permet également d’être aujourd’hui invité à de nombreux festivals. Même si la réussite semble lui coller à la peau, le principal intéressé demeure modeste et insiste sur la notion de gratitude. Il faut dire qu’il a également connu sa part d’épreuves – dont l’une a passé très près de lui coûter la vie.
Arrêté en plein élan
En 2022, alors qu’une vague de chaleur sévit en Europe, où il est en tournée, Alex commence à avoir des étourdissements, se sent épuisé, puis est victime d’épisodes lui donnant l’impression de subir de petites crises cardiaques. Un jour, il s’effondre même brièvement sur scène, mais parvient tout de même à terminer sa série de concerts.
À son retour au Québec, il consulte son médecin qui, après avoir vérifié ses signes vitaux, lui dit de se rendre rapidement à l’hôpital afin d’être pris en charge rapidement. Dubitatif, le musicien proteste, car il doit prendre l’avion quelques heures plus tard pour lancer une importante tournée. La manière dont son médecin insiste lui fait alors comprendre que sa situation est très sérieuse et qu’il n’y a pas une minute à perdre.
À partir de ce moment, Alex se retrouve dans un véritable tourbillon : on lui dit qu’il devra être opéré d’urgence pour recevoir une double greffe de valves cardiaques. Cet éternel optimiste est à ce moment-là encore convaincu qu’il pourra aller de l’avant avec sa tournée de dix-huit mois, mais la réalité le frappe de plein fouet lorsqu’on lui demande s’il a fait son testament.
Plus complexe que prévue, l’opération dure une dizaine d’heures : Alex se retrouve momentanément en état de mort clinique avant qu’on parvienne à le réanimer. Les pertes de sang sont énormes durant les procédures – il doit sa survie aux appareils médicaux et surtout à d’importantes transfusions sanguines.
Une nouvelle vie
Alex demeure ensuite aux soins intensifs pour dix jours avant d’être transféré au secteur régulier pour une semaine de plus. De retour à la maison, toujours confiant de revenir sur pied rapidement, il doit accepter que sa vie vient de changer complètement.
D’abord, pour les quatre premiers mois, il est incapable de parler. De plus, le volume de sang perdu lui cause des micro-embolies au cerveau qui affectent ses capacités cognitives. Cet hyperactif de nature en est au point où il oublie des mots, n’est plus en mesure de lire des livres ou de jouer d’instruments. Lui qui tenait tant à rester en bonne forme physique ne peut bien sûr pas continuer à s’entraîner.
La cascade d’émotions que vit Alex est troublante : il a l’impression d’avoir perdu l’essentiel de ce qui définissait jusqu’alors son identité. Tout est à réapprendre pour lui, et cette épreuve est profondément déroutante. À ses yeux, ce sont ces moments et sa période de réadaptation qui ont été les plus difficiles, mais aussi les plus formateurs. Il n’a pas eu d’autre choix que d’aborder la vie sous un angle nouveau, plus authentique.
Si Alex souligne avec reconnaissance le travail de l’équipe du CHUM de Sherbrooke, la possibilité de recevoir des transfusions grâce à la générosité des donneuses et donneurs ainsi que la chance que nous avons d’avoir un système de santé public, il constate cependant qu’on sous-estime les besoins en soutien psychologique durant la période de réadaptation. Dans son cas, ce sont les mois suivant sa sortie de l’hôpital qui ont été les plus éprouvants.
La vie ne tient parfois qu’à un fil
Cette aventure a également fait d’Alex un fervent ambassadeur du don de produits sanguins et de tissus humains! S’il s’était toujours fait un devoir de signer l’endos de sa carte d’assurance maladie pour indiquer son consentement au don d’organe et de tissus humains, il redouble aujourd’hui d’efforts pour sensibiliser son entourage et les personnes qu’il rencontre à cette cause.
Heureusement, la générosité et le soutien de son entourage lui ont permis de passer au travers. Après un an, Alex a pu reprendre lentement ses activités et poursuivre sa carrière en étant désormais conscient de ses limites. Il reconstruit patiemment la masse musculaire perdue dans cette épreuve et retrouve graduellement ses capacités physiques en étant plus attentif à ces petites choses du quotidien que nous tenons trop souvent pour acquises.
Non seulement revient-il de loin, mais il l’a vraiment échappé belle, comme ses médecins le lui ont expliqué en lui révélant ne pas comprendre comment il a pu vivre à ce rythme : au moment de son admission à l’hôpital, ses capacités cardiaques étaient réduites à environ 10 % de la normale! À ce stade, un simple évanouissement aurait été fatal. Alex a été chanceux, bien entendu – mais on ne peut pas oublier que derrière ce petit miracle se cache aussi la grande générosité des donneuses et donneurs de produits sanguins et tissus humains du Québec.
Donneurs de sens – un balado d'Héma-Québec
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